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Algrange hier - Le blog de Roland

La paroisse protestante d'Algrange - Des débuts à la construction du temple

20 Mai 2016, 06:30am

Publié par R.S.

Les pionniers de la communauté protestante.

Comme la plupart des communes situées dans la région sidérurgique, Algrange dut son extension et son développement à l'industrie. L'exploitation de quatre mines de fer et l'implantation de l'usine métallurgique La Paix sur le territoire d'Algrange allait provoquer une rapide augmentation de la population. Parmi les 404 habitants de 1880, il y avait seulement 4 protestants, mais en 1882 ils étaient 60 et en 1883, 144 protestants. Mais, avant la guerre de 1870, une famille protestante était arrivée dans ce val d'Algrange. Quand vers 1860, le chemin de fer Thionville-Fontoy fut construit par la " Société des Ardennes ", un conducteur de train dénommé PASCAL s'y installa avec sa famille. Il y est resté certainement jusqu'à l'ouverture de la ligne. (le 25 avril 1863) Il avait trouvé un logement chez la famille WEBER au 17 rue Saint Jean. C'est d'ailleurs son fils qui a construit les premières maisons de la colonie Burbach.

                 Le pionnier du protestantisme à Algrange fut Monsieur Philipp THORN qui arriva avec sept ouvriers pour préparer et contrôler les travaux de la future mine Burbach, le 9 novembre 1875. (Il est né à Klingelbach en région de Nassau, le 1er juin 1842) Le 27 décembre 1875, il emmena sa femme et ses quatre enfants d'Esch (Luxembourg) à Algrange. Jusqu'à Hayange, ils purent utiliser le train, mais ensuite ils firent le chemin à pied par de mauvais sentiers où il fallut traverser le ruisseau de la Fensch sur quelques planches pour arriver enfin à Algrange. C'est de nouveau la famille WEBER qui leur loua deux chambres comme elle l'avait faite pour la famille PASCAL…

La paroisse protestante d'Algrange - Des débuts à la construction du temple

Dans la Chronique du Pasteur HANSTEIN de 1909, Philipp THORN décrit comme suit son arrivée et la vie à Algrange en 1875:
            " L'ambiance et le moral n'étaient pas rose. Tout était étranger. Dans tout le village il n'existait aucun magasin. Pas de bouchers, pas de boulangers! Les gens élèvent et tuent leurs animaux eux-mêmes, cuisent leur pain dans leur four. Les habitants n'avaient pas de grands besoins et vivaient en circuit fermé. Chacun avait sa maison, ses champs, son jardin, son écurie et cela suffisaient aux besoins personnels…" 
           " Il n'y avait pas d'épicerie, il fallait acheter à Hayange ou à Thionville ce dont ils avaient besoin. La plupart des habitants étaient des ouvriers d'usine de chez DE WENDEL. Il n'y avait que quatre agriculteurs à cette époque et deux meuniers. Les moulins étaient encore en activité à Algrange. Le moulin ROBERT (Robertsmühle) était situé où se trouvera plus tard le laminoir de l'usine, et le moulin ACKERMANN dans le secteur de la Burbach…"
           " Les habitants n'étaient pas hostiles aux nouveaux arrivants, mais on pouvait quand même déceler une certaine réserve, ce qui était compréhensible. " Après quelques semaines, lorsqu'on remarqua que les nouveaux arrivants n'allaient pas à l'église, la patronne de l'auberge leur demanda: " Vous n'êtes pas chrétiens!"
Ce à quoi Philipp THORN répondit: " Bien meilleur que vous! ".

La famille THORN ne resta pas longtemps à Algrange car les travaux furent arrêtés et en avril 1876 elle retourna à Esch. Le village fut de nouveau libre de tout Protestant jusqu'en 1880.

La paroisse protestante d'Algrange - Des débuts à la construction du temple

    L'usine Burbach ayant redémarré ses travaux de préparation a envoyé d'Esch à Knutange son chef d'exploitation M.BOREL. Celui-ci, issu du vieux village huguenot de Charlottenberg (district Dies-Nassau) fit appel à des familiers et des mineurs qu'il connaissait de cette région. C'est ainsi qu'arrivèrent à Algrange, le 17 octobre 1880, Daniel MAXEINER (devenu boucher à Algrange) et Jacob LORCH de Charlottenberg, Wilhelm ADAMI de Dernberg et Heinrich ZORN de Laurenbourg.

                     En juillet 1880, selon les dires de W. SCHNATZ d'Algrange, arrivèrent son père Wilhelm SCHNATZ , Mathias HOSS, Nicolaus GRÜNEWALD, Peter EUSCHEN et un certain HOFMANN, à pied de Bettembourg au Luxembourg, en passant par Angevillers pour arriver à Algrange. Lorsque les cinq hommes, debout sur les hauteurs, cherchèrent l'endroit, ils ne purent en apercevoir les maisons.

C'est pourquoi, ils demandèrent le chemin de leur " nouveau pays " à une jeune femme de rencontre.

                     Le 26 novembre Wilhelm ADAMI ramena sa femme et sa fille âgée de 14 mois à Algrange. Le charretier BÜCHER d'Hayange alla les accueillir à la gare. Et lorsqu'on lui demanda où se trouvait donc Algrange, il se voulut rassurant et montra d'un geste vague la sombre vallée surplombée de lourds nuages de neige. Le chemin vicinal par la Fensch était impraticable. Ils prirent donc à travers champs en longeant les balises rouges et blanches qui servaient à jalonner l'emplacement de la future ligne de chemin de fer Hayange-Algrange.

                 En chemin, la couche de neige était devenue si épaisse que la charrette faillit se retourner et le voiturier ne voulant plus continuer leur dit: " Jusqu'ici et pas un pas de plus! "  Mais, il se laissa finalement fléchir devant leurs supplications et les emmena chez les WEBER. C'est glacé jusqu'aux os que Madame ADAMI et son enfant y arrivèrent et ont dû s'aliter de suite. Leur appartement se composait d'une seule pièce, qui servait de cuisine, de chambre à coucher, de cave et de grenier, et d'une mansarde où parfois il pleuvait ou neigeait. Parfois l'eau ruisselait dans la cuisine et il fallait alors ouvrir le parapluie pour se protéger. Seul un fin parquet en planches séparait la cuisine de la cave, et il n'était pas étonnant qu'un locataire y soit passé au travers pour atterrir dans la cave…

La paroisse protestante d'Algrange - Des débuts à la construction du temple

Expansion du protestantisme.

                  Comme on peut le constater, la vie des nouveaux arrivants ne fut pas facile et le village se trouvait dans une vallée perdue presque dans l'inconnu, sans moyen de transport. C'est dans la maison située au 31 de la Grande rue, où, la famille ADAMI déménagea par la suite, qu'eut lieu le premier baptême d'un enfant protestant à Algrange. Il s'agissait de Carl ADAMI, né le 30 septembre 1881 et baptisé le 16 octobre 1881. Il fut baptisé par le Pasteur divisionnaire Friedrich HORSTMANN de Thionville.

                    La curiosité des Algrangeois était sans précédent pour voir à quoi ressemblait un Pasteur. La fenêtre de la chambre, où le baptême eut lieu, fut littéralement assiégée, non seulement par les enfants, mais aussi par les adultes. Cependant ils éprouvèrent devant ces étrangers une certaine inquiétude et ce n'est qu'à grande peine qu'il fut possible d'avoir du lait. Une bonne femme, avec compassion, apporta elle-même du lait afin d'éviter que les étrangers franchissent le seuil de sa maison. D'autres femmes qui apportèrent du lait ajoutèrent 3 grains de sel ou 3 gouttes d'eau et en avouèrent ouvertement la raison: " Pour que les étrangers n'obtiennent pas de pouvoir sur le bétail! ". Wilhelm ADAMI sera plus tard porion à la mine Victor de Hayange où ils y habiteront

                        Dans cette même maison au 31 Grande rue, on illumina le 24 décembre 1881, le premier sapin de Noël allemand d'Algrange. Comme il n'y avait pas de sapins en vente ici, on a été le chercher ou plutôt le voler au moulin Gustal. Les décorations pour l'arbre furent entièrement cassées pendant le voyage de Hayange à Algrange. Après s'être beaucoup renseigné, on en trouva d'autres chez GOTTLIEB à Thionville. C'est ainsi qu'on a pu orner et décorer l'arbre. 

               Autour de ce 1er arbre de Noël, il y avait alors 9 Protestants: la famille ADAMI et leurs deux enfants, Minchen et Carl, ainsi que les mineurs LORCH, MAXEINER, ZORN, HAMMER et BRUCHHÄUSER. Cette fête de Noël attira les voisins et une voisine trouva la cérémonie et l'arbre si beaux qu'elle demanda, extasiée: " C'est ça votre bon Dieu à vous les Protestants? "

Les Protestants, avec leurs fêtes, leurs coutumes et leur religion, connurent des relations difficiles avec la population locale. Comme ces immigrants voulaient également pouvoir pratiquer leur culte à Algrange dans de bonnes conditions, les choses n'allèrent pas d'elles-mêmes dans un village à forte tradition catholique.

La paroisse protestante d'Algrange - Des débuts à la construction du temple

Mais le temps faisait lentement mais sûrement son œuvre, les problèmes s'estompèrent. L'intégration était en cours de réalisation. Aussi face à cette menace, la communauté protestante algrangeoise décida de s'organiser.

Il s'agissait de s'opposer aux menaces d'assimilation que faisaient peser les mariages interconfessionnels et les abandons de conviction luthérienne. Les 60 Protestants recensés à Algrange en 1882, firent célébrer par l'aumônier HORSTMANN, le premier mariage local réformé le 15 octobre 1882, entre le mineur Georg Philipp HOFMANN d'Algrange et Wilhelmine MONTPELIER de Thionville. L'année 1882 est relativement importante pour l'histoire de la paroisse protestante, car celle-ci a vu l'arrivée de plusieurs familles protestantes. Les travaux préparatoires de la mine Burbach étaient terminés, le chemin de fer minier restait à être construit et l'exploitation allait bientôt commencer; c'est pourquoi plus d'un employé et ouvrier furent mutés d'ESCH à Algrange.

Philipp THORN revint ici avec sa famille le 20 avril 1882. En 1883, ils demandèrent au Pasteur divisionnaire CARSTED de Thionville qui visitait, en travailleur infatigable, les Protestants mineurs disséminés dans les vallées de la Fensch et de l'Orne, d'assumer la charge d'organiser un service religieux mensuel à Algrange. Voici ce qu'écrivent les Protestants d'Algrange, le 8 novembre 1883, à Monsieur le Pasteur de l'arrondissement:
" Monsieur le Pasteur, Nous soussignés, habitants Protestants d'Algrange, exprimons le très fort désir qu'un prêtre protestant puisse venir régulièrement à Algrange pour y tenir un service divin et enseigner la religion à nos enfants. Mais nous savons que Monsieur le Conseiller de commerce STUMM est prêt à prendre une partie des frais en charge et en attendant de savoir si les autres sociétés minières ne voulaient pas contribuer aussi, nous sommes prêts à nous cotiser pour pouvoir vous donner, Monsieur le Pasteur, ce qui vous est dû pour votre peine. A cette fin, nous vous prions de bien vouloir venir une fois par mois à Algrange et d'agir auprès des autorités compétentes pour obtenir l'autorisation d'utiliser une salle de classe pour notre service divin."

Les Catholiques étant majoritaires à Algrange, émirent des réticences face aux demandes des Protestants, telles celle soumise à la séance du Conseil municipal du 23 décembre 1883 disant:

" Monsieur le Maire soumet au Conseil une demande de la population protestante de la commune tendant à obtenir une salle d'école pour y pouvoir célébrer mensuellement leurs services religieux. Le Conseil municipal, vu qu'au village d'Algrange ne se trouvent que sept familles protestantes, dans les casernes STUMM quatre et dans celles de Burbach cinq familles; que de ces familles, il n'y en a que quatre familles ayant des enfants, que les autres signataires ne sont que des passants et non inscrits dans aucun rôle de la commune, que la salle d'école n'est guère convenable pour y tenir ces réunions du moment qu'il ne se trouve guère de place ni d'aucun côté des bancs d'enfants, vu que dans sa lettre relative à la construction du cimetière, Monsieur le Président de la Lorraine dit que le culte des Protestants ne sera pas officiellement reconnu à Algrange, ne donne pas son adhésion à ce que la salle d'école soit mise à la disposition des réclamants "   

La paroisse protestante d'Algrange - Des débuts à la construction du temple

  Le Pasteur Bernhard CARSTED était prêt à entreprendre les démarches nécessaires et à venir; mais dans un rapport au comité directeur de l'association Gustav Adolf le 11 décembre 1883, il dit: " C'est la dernière mission que je puisse encore faire ".

Le 12 janvier 1884, il pouvait communiquer à Monsieur SCHNELL: " Je viendrai dimanche, le 20 janvier à 3 heures et demie à Algrange pour y tenir le premier service divin. Tout est réglé, seul le Conseil municipal d'ici nous a refusé l'utilisation de la salle de classe. Voulez-vous avoir l'obligeance d'en informer la communauté et de faire tous les préparatifs pour que le local de HEINE soit dans un état digne pour le 20 ".

C'est ainsi que le 20 janvier à 4 heures de l'après-midi eut lieu dans la salle du restaurant HEINE (plus tard la cantine de la colonie STUMM au 88 Grande rue) le premier culte protestant, consacrant par la même occasion la fondation de la communauté protestante d'Algrange. Chaque 3ème dimanche du mois, c'était le père SCHNELL qui faisait office de servant volontaire  et qui faisait tout pour que le local soit dans un état digne.

Le vendredi saint 1884 a vu la 1ère distribution de la sainte communion devant 76 communions.

La paroisse protestante d'Algrange - Des débuts à la construction du temple

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eva 02/06/2016 17:00

intéressant comme article ! merci pour le partage